
REUTERS/Sebastien Pirlet
En anglais, le mot «mess» signifie «désordre», «gâchis» ; à cet égard on peut se demander si les réunions d’État européennes, qu’elles se tiennent à deux, à quatre, à dix, à dix-sept ou à vingt-sept, relèvent davantage de la grand-messe ou du «grand mess».
Sans doute en fait autant de l’une que de l’autre : «grands-messes» par leur côté incantatoire, mais rarement suivi d’action, «grand mess» par l’impression de désordre, de rivalité et de désunion qu’elles inspirent.
En pratique, l’intervention du nouveau président français, François Hollande aura permis d’introduire un volet «croissance» à côté du volet «rigueur» prôné bec et ongles par Angela Merkel ; mais ce volet reste timide (grands projets financés à hauteur de 1 % du PIB de la zone «euro» et toujours fondé sur l’emprunt et les dotations publiques.
A notre sens, deux autres pistes – plus efficace – seraient à privilégier : la création d’un «fonds stratégique d’investissement européen» abondé par la gigantesque épargne privée de notre continent, et l’utilisation de la «planche à billets BCE» pour subventionner entreprises et ménages à hauteur de 5 % du PIB de la «zone euro» soit environ 500 milliards au total…
Taux d’intérêt il est urgent de réquisitionner la BCE
Ainsi que nous le rabâchons depuis quelques années, la BCE n’est pas au service de l’Europe, de ses États et de son économie ; elle est juste là pour fournir un «open bar financier» aux banques de
la zone euro, qui s’empressent de replacer l’argent en très grande majorité… auprès de la BCE.
A cet égard, nous proposons deux mesures chocs ; d’une part réquisitionner ou «européaniser» la banque centrale pour la remettre au service des États et des agents économiques, en leur fournissant ou en leur garantissant des financements directs ; d’autre part, interdire aux banques de déposer leurs fonds à la banque centrale, sauf pour une proportion minime ; cet argent devrait obligatoirement être reprêté soit à leurs consoeurs, de manière à relancer le marché des crédits interbancaires aujourd’hui gelé, soit aux agents économiques (entreprises, ménages et collectivités). Cela permettrait ainsi à coup sûr de faire repartir l’activité, et d’asseoir l’Europe économique et financière sur une base solide et efficace.
l’euro fait de la résistance
Face au marasme de la dette publique des États du Sud, l’euro fait preuve d’une étonnante résistance, d’abord en termes d’image (interrogés par sondage, les citoyens des différents pays sont en très grande majorité contre le retour à leur monnaie nationale), ensuite en termes de parité, car en cette période de forte tempête, il n’aura perdu que quelques «pour cent» face au dollar ou au yen, qui sont les deux grandes devises de référence pour la monnaie unique (à elles trois, elles représentent les trois-quarts de la masse monétaire mondiale) ; que serait devenue la drachme grecque si elle avait toujours cours à Athènes ? Très certainement, elle serait dévaluée de 50 % face au mark.
De même, l’euro reste stable et contre livre sterling, et contre franc suisse, qui sont les deux principales devises «non euro» en Europe. Alors bravo monsieur «euro», continuez à soutenir vaille que vaille le projet européen ! Les journaux parlent de crise de l’euro, quelle crise ?
NB : en pratique, on peut envisager une légère poursuite du décalage à la baisse de l’euro/dollar et de l’euro/yen ; mais rien de dramatique a priori…
Conseils pratiques
a • Importateurs
- USD : couvertures à conserver
- GBP : même conseil
- JPY : couvertures à conserver
- CHF : même conseil
b • Exportateurs
- USD : en vendre un peu vers 1.25 / 1.26
- GBP : en vendre un peu vers 0.80 / 0.81
- JPY : en vendre un peu vers 100 / 101
- CHF : couvertures à conserver
c • Emprunteurs en devises
- JPY : alléger la position
- CHF : même conseil
d • Placeurs en devises
- GBP : conserver la position
NOTE DE COMMENTAIRE
(Complément à « La Gazette » n°327)
Sommet de Bruxelles : un accord en trompe-l’oeil !
Salué par les commentateurs comme par les marchés, l’accord de Bruxelles de ce vendredi autorise les “fonds de sauvetage européens” à racheter les titres souverains, c’est à dire les obligations émises par les Etats ; ces fonds pourront également, dans une certaine mesure, recapitaliser les banques en difficulté.
Seul petit problème : ces fonds, outre leur encours limité, reposent sur des dotations publiques et sur la dette des Etats-membres, soit in fine sur la ponction fiscale ; leur mise en oeuvre accroîtra ainsi la dette déjà forte des Etats, qui se répercutera ensuite mécaniquement sur les entreprises et sur les ménages par le biais de l’impôt.
Point positif : les Etats du Sud, avec l’appui de la France, ont réussi à infléchir la position ultra-rigoriste de l’Allemagne ; on continue ainsi à parler d’un volet “relance”, même si les financements associés semblent très faibles.
Point négatif : la BCE reste toujours hors-jeu, alors qu’elle constitue -ainsi que nous l’avons déjà à plusieurs reprises souligné- une mine d’or aux réserves inépuisables et au coût d’extraction “zéro”. Pourquoi donc ne pas la mettre en première ligne et pour défendre les titres d’Etat européens, et pour fournir des subventions aux entreprises et aux ménages, de façon à déclencher la relance, sachant qu’avec un euro fort le risque d’inflation est devenu aujourd’hui quasi-inexistant ?
Groupe Doux, PSA Aulnay : mais que fait donc la police ?
Le dépôt de bilan du groupe Doux, premier volailler européen, avec 3400 emplois directs et des milliers d’autres chez ses fournisseurs, semble dû non pas à un problème de marchés ni de débouchés, mais à une question de trésorerie à court terme. Quand on considère “l’open bar financier” offert depuis cinq ans aux banques par la BCE et par les Etats (cf. 120 milliards récemment assurés pour Dexia), il apparait proprement scandaleux que ces dernières ne puissent pas trouver quelques dizaines de millions à prêter à ce grand groupe régional, utile voire indispensable pour l’emploi local et pour le succès de notre industrie agro-alimentaire à l’export ! (et ce même si son président et propriétaire, M. Charles Doux, répugne à se laisser avaler par la banque Barclay’s).
Quant à PSA, la firme automobile au lion s’apprête à fermer son unité d’Aulnay-sous-Bois, supprimant ainsi également 3400 emplois directs, ainsi que des milliers d’autres chez les sous-traitants ; quand on observe comment l’entreprise s’est “gavée” ces dernières années via la “prime à la casse”, à coups de milliards généreusement offerts par l’Etat, donc par le contribuable, on ne peut qu’être scandalisé par un tel comportement cynique, qui va forcément accroître les difficultés de la Seine-Saint-Denis, département déjà défavorisé sur le plan économique et social…..
Football : l’ “euro 2012″ ou la revanche des pays du Sud
Ne parlons pas de l’équipe de France, aussi nulle pour l’”euro 2012″ que pour le “mondial 2010″, avec son groupe de mercenaires apatrides, honteusement payés à prix d’or, et incapables de taper dans un ballon pour notre pays (rappelons que le revenu maximum d’un PDG de société publique, fixé à 450 000 euros par le gouvernement Ayrault, représente à peine 15 jours de salaire d’un Franck Ribéry, hors rémunérations annexes): ces abrutis ne méritent pas d’être considérés comme des français, ce sont des nuls de nuls, avec en plus une sale mentalité….
La finale de la Coupe d’Europe de football verra en pratique ce dimanche s’affronter l’Espagne et l’Italie, sachant que les deux autres demi-finalistes étaient le Portugal et l’Allemagne ; cette dernière aura été défaite par une “squadra azzurra” volontaire et efficace, dynamisée par son attaquant d’origine ghanéenne Balotelli.
En cette période de crépitements et de secousses en Europe, où la Chancelière ne cesse de donner des leçons de morale à ses collègues de la zone “euro”, les traitant de paresseux ou de tricheurs, un tel résultat fait plutôt plaisir (et je demande pardon, en disant cela, à tous mes amis allemands) ; la revanche des pays du Sud en matière de football fait ainsi écho au dernier sommet de Bruxelles, où ces pays ont également -d’une manière à vrai dire modérée- fait fléchir la position ultra-rigoriste d’outre-Rhin.
En conclusion, ill importe de souhaiter que les convulsions actuelles auxquelles l’on assiste en Europe, débouchent in fine sur une vraie “Union européenne”, où tous les Etats seraient solidaires de leurs pays-frères.