N° 311 06/04/2011 €ditorial valeurs refuge

Pour le vieux cambiste que je suis, il existait un principe bien connu dans la profession : en période de troubles, de guerre ou de grave crise, les opérateurs se tournaient vers le dollar qui jouait ainsi le rôle de paratonnerre, de valeur refuge, avec à ses côtés le franc suisse.
Or qu’observe-t’on aujourd’hui, dans un monde dont on ne peut pas dire qu’il respire la sérénité (révoltes au Proche-Orient, guerres en Côte d’Ivoire et en Libye, accident nucléaire au Japon…) ? Eh bien c’est l’euro qui a le vent en poupe, taillant des croupières et au billet vert et au franc suisse, un peu comme si les marchés ignoraient le fond de décor chaotique, pour se concentrer sur le niveau des taux d’intérêt (actuellement favorable à la monnaie unique). Décidément, le monde a bien changé…
Mais peut-être pas totalement en fait ; c’est ainsi que l’or et aussi l’argent, métaux précieux emblématiques, n’ont jamais été aussi chers ; assisterait-on alors à un vrai retour vers le passé des valeurs refuges ?

Gazette des changes 311

NOTE DE COMMENTAIRE

(Complément à « La Gazette » n°311)
Belligérance française
Décidément, le président Sarkozy doit avoir quelques affinités avec Tartarin de Tarascon : après avoir réintégré, au lendemain de son élection, les forces française dans les structures de l’OTAN, avec une
participation active aux opérations d’Afghanistan, il vient coup sur coup d’engager en direct l’armée française sur deux nouveaux fronts, en Libye d’abord, où il a mobilisé une coalition occidentale pour
éliminer du pouvoir son ex-ami Kadhafi ; en Côte d’Ivoire ensuite, où l’armée française a armé, tout comme en 2002, les « rebelles » pro-Ouattara et bombardé les bases militaires ivoiriennes pour chasser
Laurent Gbagbo, sur le seul prétexte qu’il aurait perdu officiellement les dernières élections présidentielles, ce que dénie le Conseil Constitutionnel du pays.
A vrai dire, on à peine à comprendre pourquoi d’une part nos troupes s’aventurent sur un terrain qui ne les concerne aucunement (à savoir la Libye, et auparavant l’Afghanistan) et d’autre part, pourquoi elles
attaquent un pays africain ami historique, dont les cadres militaires ont été formés en grande partie à l’école française.
A court terme, il faut craindre le chaos à Abidjan, la ruine économique du pays, des représailles dangereuses contre nos ressortissants locaux, et un climat permanent de guerre civile.
Parfois, on se dit tout bas que nos grands dirigeants ne réfléchissent pas assez avant d’agir …
PS : nous n’imaginons bien sûr pas que ces actions en Libye ou Côte d’Ivoire soient liées à des questions économiques (pétrole d’un côté, café, cacao ou or de l’autre, sans compter tous les intérêts des grandes entreprises françaises à Abidjan), voire liens d’amitié personnels au plus haut niveau.

La couleur de l’argent
« The color of money », film de Martin Scorsese sorti en 1986, avec Paul Newman en vedette, évoquait
les aventures d’un joueur de billard professionnel (avec le tapis vert en reflet du billet vert).
On pourrait certainement aujourd’hui appliquer ce titre (au deux sens du terme, à savoir dénomination et
teneur en métal) à l’argent-métal, dont le cours a bondi de près de 25% depuis le début de l’année. Il est
ainsi assez emblématique de constater que l’argent prenne de plus en plus de valeur dans le monde
actuel ; l’argent que les banques centrales offrent aux banques commerciales par tombereaux de
centaines de milliards de dollars ou d’euros ; l’argent que la ménagère à du mal à rassembler pour
boucler ses fins de mois ; l’argent qui sert de composant pour l’informatique et l’électronique haut de
gamme ; l’argent que les belles indiennes exhibent sous forme de somptueux bijoux.
Ainsi, 2011 sera-t-elle peut-être, davantage qu’une autre, l’année de l’argent …

Pétrole trop cher
L’augmentation du cours des matières premières, au premier rang desquelles se situe le pétrole, rend chaque jour plus difficile la vie quotidienne ds français ou des européens.
Dans le cas de la France, le pétrole, qui se décline en essence (pour les voitures), en gasoil (pour les autos, les camions ou les navires), en kérosène (pour les avions) et en fuel (pour le chauffage et l’industrie) se situe aujourd’hui à des prix historiquement hauts, même s’ils n’ont pas encore réatteint leurs records de juillet 2008.
Le gouvernement français réfléchit à la manière de réduire la facture des ménages et des entreprises, notamment par un appel à la participation des « majors » pétrolières ; à dire vrai, il existe un moyen bien plus simple de baisser le coût du carburant : il suffirait en effet d’exonérer de TVA la part de son prix correspondant à la TIPP (elle-même proportionnelle au volume consommé). En allant en ce sens, les pouvoirs publics pourraient, par la relance de la consommation, compenser rapidement leur manque à gagner fiscal ; et puis c’est aussi un peu bizarre intellectuellement d’appliquer une taxe à une taxe ….

Joseph LEDDET