Monnaies : le FMI persiste et signe

Un rapport du Fonds Monétaire International, rendu public le 25 avril dernier, préconise, pour le bien de l’économie de l’Afrique subsaharienne, de ” laisser les monnaies se déprécier ” ; on pense notamment au Franc CFA, actuellement calé sur l’euro, mais qui pourrait ainsi – selon ces experts – perdre sa parité de 1 pour 100 face à l’ex-franc français.

Rappelons qu’en 1994, sur le conseil de ces mêmes experts du FMI et de la Banque Mondiale, le franc CFA avait déjà été coupé en deux, puis perdu rapidement sa convertibilité, et ce sans que cela améliore d’une manière sensible le paysage économique africain.

En pratique, l’Afrique Noire est exportatrice de matières premières dont le prix est fixé en devises (dollar principalement) et elle importe des biens et services dont le prix est libellé en euros ou en dollars.

Par ailleurs, elle doit rembourser des emprunts internationaux en devises. De ce fait, la dévaluation des monnaies locales ne change en rien le montant de ses recettes en devises, mais elle renchérit par contre le prix de ses importations et le coût de sa dette en monnaie locale, provoquant inflation et paupérisation.

Ainsi, quand on réfléchit à cette recommandation du FMI et qu’on tente d’en rechercher l’explication, on hésite entre deux réponses possibles : malveillance ou ignorance.

Ce scénario a, selon nous, environ une chance sur trois d’être réaliste.
La malveillance consiste à vouloir progressivement ” tuer ” financièrement ces pays en minant leurs économies et en les obligeant, pour équilibrer leurs comptes, à toujours davantage emprunter au FMI et à la Banque Mondiale, de façon à les asservir définitivement en tant que pourvoyeurs de matières premières bon marché vers l’Occident

L’ignorance, quant à elle, résulte du constat que les fonctionnaires internationaux en charge de l’Afrique, confortablement installés dans leurs bureaux sécurisés de Washington, avec de beaux salaires non imposables et tout un tas d’avantages en nature, n’ont ni le temps ni l’envie de comprendre la réalité du terrain ; ils sont de fait totalement ignares sur le fonctionnement du marché des changes et ses conséquences concrètes ; donc cela ne les gêne pas – sur la base d’un raisonnement purement théorique – de décider de dévaluer de 30 ou 50% une monnaie locale, prétendument pour relancer les exportations du pays concerné ou pour favoriser son industrialisation : à notre avis, ce scénario a deux chances sur trois d’être vrai.
Si en période normale, lorsque l’économie mondiale fonctionne bien et que la croissance est au rendez-vous, de telles recommandations sont déjà forts périlleuses pour les pays concernés, aujourd’hui – alors que nous sommes à l’aube de la plus grave crise de tous les temps – elles relèvent véritablement de la pratique du pompier pyromane.

Pour terminer sur une note d’humour, une solution pour éviter de telles dérives pourrait être de décider dorénavant de payer les fonctionnaires du FMI et de la Banque Mondiale en francs CFA …

Article original publié sur Au Fait Maroc